courrier international 22 mars
Pablo Biffi et Hinde Pomeraniec Clarín
La détention de Clara Rojas, enlevée par les FARC avec Ingrid Betancourt le 23 février 2002, a duré près de six ans. Très discrète depuis sa libération, le 10 janvier dernier, elle revient, dans une longue interview au quotidien argentin Clarín, sur ce calvaire interminable et la naissance, dans des conditions dramatiques, de son fils Emmanuel en pleine forêt colombienne.
Extrêmement maigre, élégante et chaleureuse, Clara Rojas n'élude pas les questions. Même si elle invoque son droit à l'intimité ou le droit pour Emmanuel, son fils né en captivité, de vivre une vie normale, elle se penche avec nous sur tous les instants de son drame au dénouement heureux, elle qui fut pendant six ans l'otage des FARC dans la forêt colombienne.
Comment se passait une journée dans la forêt ?
CLARA ROJAS : La vie y est difficile, parce que c'est une routine très monotone. Si nous sommes poursuivis, il faut se lever très tôt, s'habiller et partir. On dort habillé presque tout le temps. Il s'agit donc juste d'enfiler ses bottes, de se débarbouiller vite fait, et c'est parti pour des heures de marche, toute la journée. Quand on marche dans la forêt ou qu'on est en bateau ou ce genre de choses, on se déplace, il y a du mouvement, ça occupe l'esprit.
Il y avait de l'action…
Oui, mais toujours la même. Finalement, on finit par sombrer dans la fatigue et la sueur. C'est très lourd. Puis on arrive, où que ce soit, et il faut déterminer comment on va s'installer et dormir. C'est arrivé très souvent. On m'a demandé combien de fois j'avais été déplacée, mais je ne sais pas, il y en a eu tellement que j'ai perdu le compte. Et puis il y a un autre état, quand on reste au même endroit longtemps. "Longtemps", cela veut dire quelques mois, je ne suis pas restée au même endroit pendant six ans. Tu arrives, et ils organisent le site, ils débroussaillent la zone. C'est dans ces moments-là, lorsqu'on est tranquille à un endroit, qu'on peut se lever très tôt, essayer d'écouter la radio pour avoir les infos, se laver, avoir le temps de prier. Quand j'ai eu l'occasion de lire, je l'ai fait, même s'il y avait peu de livres. Et quand j'avais mon bébé, il m'occupait en permanence.
Comment se passaient les déplacements après la naissance d'Emmanuel ?
C'était un moment fort, qui m'a permis de faire abstraction de ce que je vivais. Je vivais normalement : me réveiller pour le nourrir, lui changer sa couche. C'était très difficile, nous n'avions pas tout ce qu'il est courant d'avoir ici. Il fallait par exemple fabriquer des couches avec des draps. Et les laver plusieurs fois par jour, parce qu'il n'y avait pas de couches jetables. Comment s'est passée votre grossesse ?
Ce fut une grossesse normale, j'étais en bonne santé. Même si, les premiers mois, nous étions sans cesse déplacés. Ce qui était dur, c'était lorsque l'on ressentait le harcèlement de l'armée colombienne. Lorsqu'on se trouve avec des gens malades et qu'il faut tout faire rapidement, sous la pression non seulement de l'armée qui s'approche mais aussi des guérilleros en armes. Ce sont ces moments qui ont rendu ma grossesse difficile.
Vous avez été d'accord pour être séparée de votre enfant ?
Je voulais qu'il reçoive des soins médicaux, parce qu'il en avait besoin. Je ne pouvais pas me voiler la face : dans la jungle, on n'a rien, et s'il lui était arrivé quelque chose, il aurait pu mourir. Ç'a été une décision difficile, mais je gardais l'espoir que mon fils serait remis à la Croix-Rouge, comme je le leur avais demandé.
Vous leur avez proposé de le remettre à votre mère ?
Oui, mais ils ne l'ont pas fait. Ils m'ont fait miroiter cette possibilité, et j'ai donc accepté la séparation. Ils m'avaient dit qu'elle ne durerait que quinze jours. Disons que j'ai fait contre mauvaise fortune bon cœur. Mais les années ont passé, et ç'a été très dur. Ils me disaient que mon enfant allait bien, mais ce n'était pas vrai.
Comment s'est passé l'accouchement ?
Un vrai traumatisme. Cela a été très dur pour moi de m'en remettre, j'étais très affaiblie. J'étais sous l'empire d'une drogue très forte ; j'avais beaucoup maigri, perdu beaucoup de sang, et si je ne m'étais pas secouée, j'aurais pu mourir. Il y a eu trente, quarante jours très difficiles. Puis j'ai compris qu'il fallait que je recommence à m'alimenter, que je me remette vite pour pouvoir élever mon fils.
Vous ne l'avez pas allaité ?
Je ne pouvais pas : le lait ne montait pas. Et, vu tous les médicaments qu'on me donnait, il aurait de toute façon été mauvais.
Qu'avez-vous ressenti en découvrant que vous étiez enceinte ?
C'est un sentiment compliqué : j'avais toujours voulu avoir un enfant, mais bien sûr pas dans la jungle. J'ai été prise d'une angoisse terrible, je me disais "Mon Dieu, pourquoi ici ?". C'était très dur, parce que je suis très citadine : j'espérais comme tout le monde accoucher dans un hôpital, avec une assistance médicale. J'imaginais pouvoir faire des échographies pour suivre ma grossesse…
Quelles sont vos relations avec votre enfant ?
Il m'appelle mamá, mamita à longueur de journée, je suis sur un petit nuage. Mais il y a des choses qui m'inquiètent, comme cette exposition médiatique excessive. Ce que je veux pour lui, c'est qu'il puisse être un petit garçon normal. Que tout ça ne l'accapare pas, que ça ne le perturbe pas.
Comment s'est passée votre première nuit avec lui, après votre libération ?
Je n'ai pas arrêté de le regarder, bouche bée : il était tellement plus grand ! Et puis, c'est une responsabilité énorme, je suis le papa et la maman de mon fils. Ma famille me soutient, mais c'est moi qui ai le plus à fournir.
Il réclame son père ?
Pas encore, il est trop petit (il aura 4 ans en avril). J'imagine qu'il finira par le faire, et qu'à ce moment-là, Dieu m'éclairera, non ?
Clara, vous n'abordez pas le sujet, et la seule version que nous avons est celle du journaliste Jorge Enrique Botero, qui affirme dans son livre [Últimas noticias de guerra, paru en février 2006 en Colombie] qu'Emmanuel est le fruit d'une relation librement consentie avec un guérillero.
Mais je n'ai jamais eu la moindre "relation" et n'ai jamais évoqué ce genre de choses ! Qu'est-ce qui vous permet de dire ça ? J'ai dit qu'il avait globalement raison, mais jamais je n'ai donné le moindre détail.
Alors, quelle est la vérité ?
J'ai le droit de protéger ma vie privée, et mon fils aussi, car je le fais aussi en pensant à lui. Ce que je veux, c'est que mon fils n'ait pas de doutes, pas de peurs non plus, qu'il ait une vie normale.
Mais c'est à cause de cette version des faits que tout le monde voit Emmanuel comme l'"enfant de la grande tragédie colombienne".
Oui, et c'est vrai. Il l'est parce que je suis une femme otage, j'ai été otage. Dans ce sens, je comprends. Mais de là à approfondir la question… Je m'efforce de mettre des limites à la médiatisation de ma vie privée, je veux que ça continue.
Votre vision politique des FARC a-t-elle changé depuis votre enlèvement ? Evidemment. Finalement, je ne vois rien, et c'est ce qui me fait le plus mal. J'ai mal à mon pays, je ne vois aucun horizon [aux FARC], aucune direction, ils n'ont pas de discours politique qui leur permette de se présenter comme une alternative.
Vous regrettez d'être restée avec Ingrid ? [Le 23 février 2002, au moment où Ingrid Betancourt était enlevée par des guérilleros des FARC, elle l'a spontanément suivie, alors qu'elle allait être relâchée, comme les autres occupants de la voiture].
Les regrets ne servent à rien, mais c'est sûr que je me suis trouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Ma solidarité avec Ingrid m'a poussée à l'accompagner dans une situation dangereuse. C'est là que je me suis trompée, parce que pas plus qu'elle je ne me suis dit que nous étions un objectif militaire.
On raconte que vous vous êtes disputées après une tentative d'évasion. C'est vrai ? Non, je crois que dans une situation aussi dramatique, il n'y a pas de place pour les disputes. Il y a des différends, dans la vie quotidienne, dans l'amitié, mais ce sont des peccadilles dans une tragédie pareille. En fait, ils nous ont séparées. Et moi, j'étais très occupée par mon fils, très centrée sur lui, parce qu'il le fallait, vous comprenez. Je souhaite le meilleur à Ingrid.
Vous vous imaginez dans les bras l'une de l'autre ?
Bien sûr, évidemment, je n'ai absolument rien contre elle.
Comment avez-vous pris la nouvelle de la mort de Raúl Reyes ? Vous le connaissiez ?
Disons que je ne m'y attendais pas. Je ne le connaissais pas. Je crois que sa mort met fin au mythe des FARC invulnérables, eux aussi subissent des coups durs. Nous sommes à un moment où les gens croient qu'on ne peut rien faire, et il me semble qu'un mythe s'est effondré. D'une certaine façon, cela va les pousser à négocier.
Vous croyez que cet événement ne ralentit pas le processus de libération des otages, qu'il l'accélère au contraire ?
D'une certaine manière, cela les a amenés à un carrefour : ou ils continuent sur le même chemin, et alors il est possible qu'ils soient encore nombreux à mourir, ou alors ils cherchent une sortie, une solution.
22 mars 2008
COLOMBIE • Clara Rojas: "L'accouchement a été un vrai traumatisme"
21 mars 2008
20 mars 2008
Ingrid Betancourt: la France joue "un rôle crucial" dans le nouveau plan
L'ex-sénateur a indiqué que dans la première version de son plan figurait l'idée d'un accueil "en territoire français -en Guyane, en Martinique-" de guérilleros emprisonnés en Colombie que la France pourrait échanger avec les Farc contre des otages, dont Ingrid Betancourt.
"Mais cette idée que j'avais avancée a été enrichie et modifiée à la demande du gouvernement français", a souligné M. Perez, libéré récemment par la guérilla marxiste à la demande du président vénézuélien Hugo Chavez.
Il commentait l'entretien accordé à l'hebdomadaire Paris-Match où il évoquait l'accueil en France, "en Guyane par exemple" de guérilleros de haute importance pour les Farc qui seraient échangés "directement entre la France et la guérilla". "Il a été réalisé une semaine avant ma visite à Paris", a-t-il souligné.
"La France va jouer un rôle crucial. Mais pour que ça marche, il faut un peu de discrétion", a-t-il réaffirmé, "ne serait-ce que parce qu'il faut qu'il soit présenté au président (colombien) Alvaro Uribe et à Hugo Chavez", a-t-il estimé.
M. Perez, qui doit quitter la France dimanche, a affirmé qu'il devait rencontrer M. Uribe lundi et M. Chavez "la semaine prochaine".
Les Farc veulent échanger 39 otages dits "politiques" aux mains de la guérilla, dont Ingrid Betancourt et trois Américains, contre la libération de quelque 500 guérilleros emprisonnés.
M. Perez, qui a passé plus de six ans aux mains des Farc, a répété qu'il était "très optimiste" quant à une libération prochaine d'Ingrid Betancourt et qu'il était "certain" que M. Uribe accepterait son plan.
Du côté de la guérilla, il s'est de nouveau dit "sûr de la volonté des Farc de négocier" la libération des otages, en dépit selon lui "de positions divergentes" au sein de la guérilla, l'aile militaire semblant hostile à une négociation politique avec M. Uribe.
Selon des sources proches du dossier, le plan de M. Perez comprendrait plusieurs étapes: une reconnaissance politique des Farc, la suppression de la guérilla de la liste européenne des organisations terroristes et une proposition d'asile permettant l'accueil de guérilleros libérés sur le territoire français.
Ingrid Betancourt, ancienne candidate à la présidentielle colombienne, a été enlevée le 23 février 2002, et est apparue très amaigrie et déprimée dans une vidéo et une lettre reçues en décembre par sa famille.
19 mars 2008
Chili : la présidente s'engage à agir immédiatement et efficacement pour la libération de Betancourt
La présidente chilienne, Michelle Bachelet, s'est engagée en public mardi à travailler activement à la libération d'Ingrid Betancourt, l'otage franco-colombienne détenue depuis 2002 par la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), le plus grand groupe rebelle de Colombie. Après avoir rencontré Mme Bachelet mardi, l'époux d'Ingrid Betancourt, Juan Carlos Lecompte, a confié à la presse : "Je lui ai expliqué que nous nous trouvons à un moment crucial et qu'il est temps pour elle de nous aider. Elle nous a promis d'agir d'une manière immédiate et efficace".
Mme Bachelet a été "chaleureuse et très humaine", a ajouté M. Lecompte. M. Lecompte, dont l'épouse a été enlevée lors de sa campagne pour la présidente colombienne, a également présenté un plan en vue de libérer les otages retenus par les FARC, dressé par Luis Eladio Perez, un ancien sénateur colombien libéré le mois dernier après six ans de captivité. Mme Bachelet, première femme présidente du Chili, a affirmé que le plan a déjà reçu le soutien de son homologue colombien, Alvaro Uribe. M. Perez doit présenter le plan au président français, Nicolas Sarkozy, intéressé par l'affaire des otages car Mme Betancourt posséde la nationalité française. L'époux de Mme Betancourt a en outre apprécié la médiation du président vénézuélien, Hugo Chavez, avec les FARC qui a abouti à la récente libération de six otages
Pour comprendre le conflit colombien
le 19 mars 2008
Il n’est pas facile de comprendre la dégradation de la situation en Amérique du sud autour du problème des otages des Farc. On a le sentiment que la libération des otages devrait s’imposer naturellement par obligation humanitaire.
Le numéro deux de la guérilla a été tué en territoire équatorien. Quito dénonce une atteinte à son intégrité territoriale, mais Bogota accuse l’Equateur d’accepter d’être un sanctuaire de rebelles. Chavez voit en Uribe, une créature des Américains et Uribe voit en Chavez un dangereux gauchiste complice d’un mouvement marxiste devenu mafieux et responsable selon lui de « génocide ». Tout cela ne facilite certes pas le dialogue et la volonté du président Sarkozy de sauver Ingrid Betancourt qui a la double nationalité colombienne et française. L’hyper médiatisation de son cas par rapport aux autres otages des Farc ne facilite pas non plus une approche globale du problème et il faut bien convenir que le sort d’Ingrid est plus sensible aux « bobos » français qu’a la population colombienne.
Mais il faut savoir pour bien comprendre qui est qui. Qui sont les Farc ?
C’est au début des années 1950, que Pedro Antonio Marin (son vrai nom), alias « Tirofijo » (« Tir précis », son premier surnom), fonde une milice paysanne d’autodéfense comme le pays en compte tant. C’est l’époque de la Violencia (1948-1953), cette guerre civile d’une sauvagerie inouïe durant laquelle la police, inféodée au Parti conservateur, persécute les paysans soupçonnés d’accointances avec le Parti libéral. La Colombie sombre dans l’anarchie. Le bilan est sanglant : 300 000 morts. Certaines milices d’autodéfense se livrent au bandolerismo (le banditisme). Pas celle de Tirofijo. Influencé par le marxisme-léninisme du parti communiste colombien et par la révolution cubaine, le jeune agriculteur crée, avec une cinquantaine d’autres paysans et leurs familles, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).
Nous sommes en 1964. Initialement, les Farc se développent lentement et se financent grâce à un « impôt révolutionnaire », la vacuna (vaccin), prélevé sur les éleveurs de bétail. En 1980, la guérilla marxiste compte 3.500 combattants déployés sur neuf fronts. Avec le boom de la cocaïne dû aux narcotrafiquants qui s’implantent dans les territoires contrôlés par la guérilla s’ouvrent de nouvelles perspectives. Les Farc lèvent un nouvel impôt, le gramaje (grammage), calculé sur la production de poudre blanche. Dans les années 1990, la guérilla s’implique directement dans le trafic. Celui-ci constitue aujourd’hui sa première source de financement, avant les enlèvements contre rançon et tous les « impôts révolutionnaires ». Fortes d’un budget quotidien estimé à 1 million de dollars, les Farc mobilisent, sur 60 fronts différents, une armée de 15.000 hommes... dont 90% sont originaires du monde rural. Manuel Marulanda Velez a face à lui un président intraitable. Alvaro Uribe Vélez est né le 4 juillet 1952 à Medellin (Colombie). Son père, Alberto Uribe Sierra, à l’origine simple fermier, aurait fait fortune en travaillant pour un clan du cartel de la drogue de Medellin, avant d’être assassiné en 1983 par la guérilla marxiste des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie. L’homme a semble-t-il juré de venger son père et d’éradiquer les Farc. Le sort d’Ingrid Betancourt est pour lui un point de détail d’une lutte à mort.
Alvaro Uribe suit des études de Droit à l’Université d’Antioquia puis de Sciences politiques et économiques à Harvard (Etats-Unis). Il exerce ensuite la profession d’avocat, épouse Lina Moreno avec laquelle il aura deux fils, et dirige de 1980 à 1982 l’Agence Aéronautique Civile colombienne. Membre du Parti Libéral, Alvaro Uribe est successivement élu Maire de Medellin - à l’époque où l’un de ses amis, le célèbre narcotrafiquant Pablo Escobar Gaviria, régnait sur cette capitale mondiale de la cocaïne - puis Sénateur de 1988 à 1994 et enfin Gouverneur de la région d’Antioquia. Au début des années 2000, il quitte le Parti Libéral pour se présenter en candidat indépendant à l’élection présidentielle de mai 2002. Sa campagne électorale est axée sur la restauration de l’autorité de l’Etat et la promesse de régler le problème de la guerre civile qui, avec 300.000 morts et deux millions de déplacés, ravage la Colombie depuis 1948. La franco-colombienne Ingrid Betancourt est également candidate à cette même élection et elle est enlevée avec sa directrice de campagne Clara Rojas par les FARC en février 2002.
Élu au 1er tour de scrutin avec 53% des suffrages, mais avec seulement 45% de votants, Alvaro Uribe est officiellement investi président de la République de Colombie en août 2002. Il s’associe immédiatement avec les États-Unis dans leur « guerre contre le terrorisme », relance le « Plan Colombie » de lutte contre le « narco terrorisme » (4 milliards de dollars et de puissants moyens militaires et policiers investis par les Etats-Unis pour éradiquer la culture de coca et le trafic de cocaïne), réforme l’administration, « libéralise » l’économie et engage une lutte sans merci contre les FARC qui multiplient les attentats et réclament la démilitarisation d’une vaste zone dans le sud du pays.
Il double le budget de la sécurité et favorise indirectement le développement de véritables escadrons paramilitaires, dont notamment les milices des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC, fondées avec son aide dans sa région d’Antioquia en 1997), qui mènent en toute illégalité de terribles exactions - kidnapping, assassinat, torture, extorsion de fonds, etc... - parmi les populations indigènes des régions contrôlées par les rebelles. Côté positif, cette politique du tout sécuritaire parvient à faire libérer quelque 500 otages et fait diminuer significativement le nombre d’enlèvements et d’homicides dans le pays. Côté négatif, elle terrorise et bafoue les droits élémentaires d’une partie des Colombiens, notamment des paysans et des autres citoyens des classes les plus pauvres pris entre les feux croisés du gouvernement et des diverses milices d’extrême-gauche et d’extrême-droite.
En mai 2006, Alvaro Uribe, soutenu par la classe politique néolibérale et néo-conservatrice pro-américaine (grands propriétaires fonciers, banquiers, politiciens et militaires d’extrême-droite) est réélu président de la Colombie avec 62% des voix (56% d’abstention).
Ingrid Betancourt "bientôt" libérée, selon un ancien otage colombien Luis Eladio Perez
LE MONDE 19.03.08 14h50
Paulo A. Paranagua
Article paru dans l'édition du 20.03.08.
Sur le perron de l'Elysée, M. Perez s'est dit confiant que l'ancienne candidate à la présidence de la Colombie et trois autres otages civils seraient relâchés "très bientôt". "Je ne veux pas être le porte-parole de faux espoirs", a-t-il ajouté toutefois. Ancien sénateur, M. Perez a partagé longtemps la captivité d'Ingrid Betancourt dans les camps des FARC. Ensemble, ils ont tenté une fois de fuir. Il a été le dernier à la voir, le 4 février, "physiquement et moralement épuisée".
Alors qu'il devait rencontrer la presse lundi, le rendez-vous a été annulé à la dernière minute. Les divisions de la famille Betancourt ont provoqué un "pataquès" entre l'Elysée et le Quai d'Orsay et bouleversé le programme de sa visite en France. M. Perez estime que les FARC ne sont pas aussi affaiblies que ne le prétend le gouvernement colombien.
"Les FARC ont compris qu'elles sont à un tournant historique, dit-il. Le fait que la guérilla sollicite de la communauté internationale un statut politique me rend optimiste à propos de leur changement de mentalité." Alors qu'à Bogota des responsables militaires croient qu'Ingrid Betancourt pourrait être le dernier otage à recouvrer la liberté, Luis Eladio Perez pense tout le contraire. "Avec Ingrid, les FARC jouent leur avenir à cause de la pression internationale et de l'exposition médiatique", affirme-t-il.
D'après des sources proches du dossier qui ont requis l'anonymat, la libération des quatre otages civils serait un "préalable" à une forme de reconnaissance politique des FARC. La guérilla figure sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne, dont la France assumera la présidence à compter du 1er juillet.
"L'échange humanitaire" de militaires et policiers retenus en otages par les FARC contre des guérilleros emprisonnés est une affaire plus laborieuse. L'identification des prisonniers qui en bénéficieraient n'a jamais été établie, car les FARC ignorent quels détenus sont restés fidèles à la guérilla. Leur nombre pourrait être très inférieur aux 500 évoqués à maintes reprises. Leur sortie de prison supposerait un mécanisme de suspension de peine, dont l'application à des condamnés pour crimes contre l'humanité semble difficile. Il faudrait ensuite remettre les guérilleros au Venezuela, où les FARC disposent de soutiens, quitte à les faire transiter par un autre pays, qui pourrait être la France.
Ne resterait alors que la question des trois otages américains dont le sort est lié à deux cadres des FARC emprisonnés aux Etats-Unis.
18 mars 2008
Ingrid Betancourt: un ex-otage colombien présente un plan à Sarkozy
L'ex-sénateur colombien Luis Eladio Perez, relâché récemment par la guérilla des Farc, présentait mardi au président Nicolas Sarkozy un plan pour la libération d'Ingrid Betancourt, qui est selon ses proches "au bord de la mort".M. Sarkozy, qui a fait de la libération de l'ex-candidate à la présidentielle colombienne enlevée en 2002, l'une de ses priorités diplomatiques, a demandé aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) sa libération d'urgence, des témoignages la décrivant au plus mal, souffrant d'une hépatite B.
Des sources proches du dossier assurent que d'intenses tractations sont en cours, mais le ministère des Affaires étrangères et la présidence française restent muets sur "ce sujet où la discrétion s'impose".
L'ex-sénateur Luis Eladio Perez, qui a annulé lundi une conférence de presse, ne devait finalement s'exprimer qu'après sa rencontre avec M. Sarkozy mardi en fin d'après-midi. M. Perez fait partie des six otages que la guérilla marxiste vient de libérer par l'intermédiaire du président vénézuélien Hugo Chavez. Proche d'Ingrid Betancourt, il est le dernier à l'avoir vue le 4 février, "maigre" et "sans force morale".
"Ma proposition, qui est très simple, est très précise et vise à surmonter les obstacles qui, jusqu'à présent, ont empêché le gouvernement et les Farc d'entreprendre un échange", a affirmé à l'AFP l'ex-sénateur, avant son départ pour Paris, sans en dire plus. La guérilla marxiste, en lutte contre les autorités colombiennes depuis 1964, et le président colombien de droite Alvaro Uribe se rejettent la responsabilité de l'échec d'un "accord humanitaire".
Cet accord porte notamment sur un échange entre 39 otages dits "politiques" aux mains de la guérilla, dont Ingrid Betancourt et trois Américains, contre la libération de 500 guérilleros emprisonnés. En filigrane, les Farc cherchent à obtenir une reconnaissance politique alors qu'elles sont classées sur les listes des organisations terroristes de l'Union européenne et des Etats-Unis.
Selon des sources proches du dossier, le plan de M. Perez comprendrait au moins trois points: une reconnaissance politique des Farc, la suppression de la guérilla de la liste européenne et une proposition d'asile permettant l'accueil de guérilleros libérés sur le territoire français. Ces propositions ne sont pas vraiment nouvelles "mais c'est le chemin pour y parvenir qui est nouveau", explique Hervé Marro du comité de soutien à Ingrid Betancourt.
Paris n'a pas exclu un coup de pouce aux Farc en cas de libération des otages. Rappelant à la guérilla début mars qu'elle était "inscrite sur une liste d'organisations terroristes", M. Sarkozy a affirmé qu'il "n'y aura aucune discussion" si Ingrid Betancourt meurt mais que "le monde les regardera un peu différemment" si elle est relâchée.
M. Uribe refuse a priori toute reconnaissance politique aux Farc, qu'il considère comme des "terroristes narco-trafiquants" et qu'il a promis d'éliminer. Mais selon M. Perez, il considèrerait son plan "comme viable".
Reste à savoir si les Farc "vont donner leur aval" au plan Perez, s'interroge Fabrice Delloye, le père des enfants d'Ingrid Betancourt, après la mort du numéro 2 Raul Reyes, tué par l'armée colombienne début mars en Equateur. Le président équatorien Raphaël Correa a affirmé que le meurtre de Raul Reyes avait fait échouer la libération programmée de 11 otages dont la Franco-Colombienne.
Le dossier des otages est symptomatique d'un contexte très tendu dans la région: Le Venezuela et l'Equateur, qui se réclament de la gauche révolutionnaire, et la Colombie, soutenue par Washington, s'accusent mutuellement de vouloir déstabiliser l'autre camp.
Le raid colombien aurait empêché la libération de Betancourt
Les rebelles colombiens des FARC auraient libéré Ingrid Betancourt si l'armée colombienne n'avait pas mené un raid en Equateur dans lequel le numéro deux de la guérilla a été tué, a affirmé au Chili le mari de l'otage franco-colombienne.L'opération transfrontalière du 1er mars a été fatale à Raul Reyes et a déclenché une grave crise diplomatique entre la Colombie, l'Equateur et le Venezuela, avec déploiement de troupes aux frontières.
"S'ils ne l'avaient pas tué, elle aurait pu être libérée", a déclaré à la presse Juan Carlos Lecompte, qui doit être reçu mardi par la présidente chilienne Michelle Bachelet.
"Parce que, le 14 ou le 15 mars, ils auraient libéré douze autres otages, et ma femme aurait été parmi eux", a-t-il ajouté.
Raul Reyes était l'un des contacts de la France et d'autres pays qui tentent d'obtenir la libération d'Ingrid Betancourt et des autres "otages politiques" des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).
Quelques jours après le raid de l'armée colombienne, le président équatorien, Rafael Correa, a révélé que son gouvernement avait été proche d'un accord avec les FARC en vue de la libération de douze otages, dont l'ex-candidate à la présidence colombienne en captivité depuis février 2002.
Juan Carlos Lecompte a ajouté espérer que le Vénézuélien Hugo Chavez reprenne son rôle de médiateur entre Bogota et les FARC. Le président vénézuélien, qui rejette le classement des FARC sur la liste des organisations terroristes des Etats-Unis, a participé activement à la libération cette année de six otages des rebelles, dont Clara Rojas, qui était la directrice de campagne de Betancourt lorsque les deux femmes ont été enlevées.
La France presse également la Colombie de négocier la libération de Betancourt, qui serait très affaiblie.
Lecompte devrait tenter de rallier la présidente chilienne au mouvement international qui se dessine en faveur d'un échange entre les "otages politiques" des FARC et le demi-millier de guérilléros actuellement détenus dans des prisons colombiennes.
Outre le Venezuela, l'Argentine plaide également en faveur de cette solution à la crise des otages.
"Nous avons réussi à internationaliser cette question. Puisque des pays tiers de la région se sont impliqués, le problème commence à s'éclaircir", a-t-il affirmé.
17 mars 2008
Concert de paix à la frontière entre la Colombie et le Venezuela
Des stars de la musique ibéro-américaine, dont notamment Miguel Bosé, Juanes et Alejandro Sanz, se sont produits lors de ce concert, appelé "Paix sans frontières", sur le pont Simon Bolivar qui marque la frontière entre la Colombie et le Venezuela.
L'un des chanteurs, lors de l'ouverture de son récital, a saisi l'occasion pour demander la libération des otages aux mains des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie).
Les participants à cette réunion ont tous lancé des appels à la paix qui ont été repris par le public. "Nous ne voulons pas la guerre entre nos peuples et vous en êtes la garantie", a lancé pour sa part Alejandro Sanz.
"Nous sommes à la frontière de deux pays frères qui ont connu une crise. Mais nous pouvons réaffirmer notre désir de paix. La Colombie n'aura jamais la paix si le Venezuela et l'Equateur ne l'ont pas", a déclaré Juanes Sanz.
Une crise diplomatique entre l'Equateur et la Colombie avait éclaté le 1er mars à la suite d'une incursion de l'arméee colombienne en territoire équatorien dirigée contre un camp des Farc au cours de laquelle le numéro deux des rebelles, Raul Reyes, avait été tué.
Considérant cette opération comme une violation de sa souveraineté, l'Equateur avait rompu ses relations diplomatiques avec la Colombie suivi par le Venezuela, son allié. Dans la foulée, les deux pays avaient envoyé des troupes à leurs frontières avec la Colombie.
La crise avait été finalement surmontée le 7 mars au sommet du groupe de Rio à Saint-Domingue.
Des combats entre les Farc et l'armée
Ingrid Betancourt : la face méconnue d'une détention
Les inquiétudes que suscite son état de santé, au vu des dernières «preuves de vie» qui nous sont parvenues de la jungle, priment par-dessus tout. Mais le sondage d' El Tiempo et le témoignage de Luis Eladio Perez, un de ses compagnons de détention récemment libéré, nous incitent à nous demander si la Franco-Colombienne, une fois libre, pourrait représenter une option politique en Colombie.
Ancien parlementaire, Luis Eladio Perez a partagé une grande partie de sa captivité avec Ingrid Betancourt. Il nous apporte un message inédit. Il va jusqu'à dire que, si Ingrid est libérée, elle sera un jour présidente de la Colombie. Sa détention lui aurait donné une vision globale des principaux enjeux pouvant mener à une pacification du pays. Malgré ses épreuves, malgré l'humiliation qu'elle subit depuis plus de six ans, Ingrid reconnaît que la seule issue au conflit armé passera par une solution négociée.
Perez affirme qu'Ingrid Betancourt s'est enrichie d'une sensibilité sociale unique pendant ses années de captivité. Il nous apprend que l'otage a consigné ses réflexions dans un document qu'elle conserve précieusement comme une plate-forme politique. Son programme serait très différend des postulats politiques traditionnels. Au cours de sa détention, elle a compris qu'il y a deux pays : une Colombie urbaine et riche, face à une autre Colombie, celle de la misère. Avec une vision quelque peu romantique, elle a élaboré un programme de paix : un projet politique qui met en avant la réalité de la Colombie oubliée et maltraitée par la violence. Il répond à une seule question : comment peut-on reconstruire un pays avec une politique sociale cohérente et soutenue dans le temps ?
Est-il réaliste de concevoir une candidature d'Ingrid Betancourt à la présidentielle dans un pays où l'opinion se déporte de plus en plus à droite et où la popularité d'un président à la «main dure » est de plus en plus grande ? Sans doute le succès du président Uribe auprès des Colombiens n'a qu'une seule cause : l'existence des Farc et le désespoir d'une opinion publique, fatiguée de la guerre et saturée de violence.
Après six ans de détention, Perez croit à une inflexion de la stratégie militaire des Farc. Il est convaincu que la guérilla a évolué et qu'elle considère la solution négociée comme une option importante. Cette solution devra passer par un échange humanitaire et aboutir à une reconstruction sociale, politique et économique du pays. Ingrid, sans rejeter l'option militaire, intègre dans son programme la réalité de l'autre Colombie. Sans doute devra-t-elle concilier sa popularité internationale avec son programme politique et avec le projet de paix, affirme l'ancien otage. Perez, qui représente peut-être un dernier espoir pour la Franco-Colombienne, exposera cette semaine ses propositions au président Sarkozy. L'ancien otage cherche une formule visant à déclencher un processus de libération de tous les séquestrés, avec la collaboration du président vénézuélien Hugo Chavez et l'accord du président colombien.
Bien qu'il se garde de dévoiler ses propositions avant de les présenter mardi à l'Élysée, celles-ci comporteraient trois éléments qui pourraient peser sur la guérilla en vue d'une négociation politique ultérieure : la reconnaissance politique des Farc, l'élimination de la guérilla de la liste des organisations terroristes et une proposition d'asile permettant l'accueil des guérilleros sur le territoire français.
Le travail de Chavez et son rapprochement idéologique avec les Farc, la disponibilité du président Sarkozy à négocier un éventuel retrait de la guérilla de la liste des organisations terroristes et l'éventualité d'un accueil en France de certains guérilleros : tout cela pourrait mettre fin au calvaire de la Franco-Colombienne. Il reste que la position du gouvernement colombien sera fondamentale pour donner vie à cette proposition.
15 mars 2008
Les otages colombiens restent au cœur des tensions
Alors que le président équatorien repousse à une date ultérieure la reprise des relations diplomatiques entre Quito et Bogota, le président vénézuélien Hugo Chavez tente d’amadouer son homologue colombien Alvaro Uribe. Les deux hommes ont eu une conversation téléphonique au cours de la journée du 13 mars 2008. Cette conversation confirme l’accalmie entre les deux hommes et entre les deux pays. Le 8 mars, à l’occasion du sommet du groupe de Rio, à Saint-Domingue, les deux chefs d’Etat, ainsi que leur homologue équatorien Rafael Correa, avaient décidé d’enterrer la hache de guerre. Le conflit était né du bombardement le 1er mars 2008, d’un camp de la guérilla des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC). Ce camp était situé en territoire équatorien. Au cours du bombardement, le numéro deux des FARC, Raul Reyes, avait été tué.
La conversation téléphonique entre Alvaro Uribe et Hugo Chavez vise à rassurer ceux que les embrassades de Saint Domingue, le 1er mars, n’avaient pas rassurés. Au cours de leur entretien téléphonique, les deux dirigeants se sont mis d’accord pour lutter contre les groupes violents. Ils ont aussi prévu d’organiser une réunion. Pour l’instant, le climat des relations entre le Venezuela et la Colombie semble s’apaiser.
On n’en n’est pas encore là pour ce qui est du dialogue entre Bogota et Quito. Dans la capitale équatorienne, on a fait savoir que les rétablissements des relations diplomatiques prendraient « un peu de temps ». On avait bien remarqué, à Saint Domingue, que Rafael Correa n’avait accepté que du bout des lèvres les excuses d’Alvaro Uribe et sa promesse de ne plus violer le territoire équatorien. Depuis, les informations qui ont filtré de Colombie n’ont fait qu’accroître le malaise équatorien. Sur la base des informations obtenues par les services de renseignement colombiens, les autorités de Bogota ont en effet laissé entendre que les liens entre Quito et la direction des FARC étaient très étroits. D’un côté, les FARC auraient installé huit camps militaires en territoire équatorien, non loin de la frontière colombienne. Elles auraient reçu des livraisons de matériel militaire de la part de l’armée équatorienne. De l’autre côté, le président Rafael Correa aurait reçu une aide financière des FARC pour payer sa campagne électorale, fin 2006.
Des soldats équatoriens tués ou séquestrés par les FARC
Bien entendu, les Equatoriens s’offusquent de ces accusations et accusent Bogota de mener une campagne médiatique contre eux. Les autorités équatoriennes font valoir qu’elles font des efforts très importants pour assurer la surveillance de la frontière avec la Colombie. Le quart de l’armée de terre équatorienne est déployée dans cette zone. Ce qui coûte cent millions de dollars au budget équatorien tous les ans. Des soldats sont régulièrement tués ou séquestrés par les FARC. Et des centaines de milliers de civils colombiens, fuyant la violence de leur pays, sont réfugiés en Equateur.
Au cœur des relations entre les trois pays en cause, Venezuela, Equateur et Colombie, se trouve le sort des otages colombiens. Bien évidemment, le froid entre la Colombie et ses deux voisins a perturbé d’éventuelles tractations pour la libération des dizaines de personnes séquestrées, dont Ingrid Betancourt. Pourtant, les déclarations et les informations autour de ce dossier continuent à affluer. Ainsi, le Haut-commissaire colombien pour la Paix, Luis Carlos Restrepo, a rappelé que Bogota était disposé à libérer des guérilleros des FARC accusés de violations de droits de l’homme si cette mesure pouvait contribuer à la libération d’otages. Cette ouverture avait déjà été faite par le président Uribe au mois de mai 2007. Mais c’est encore loin de ce que réclament les FARC. Selon les informations trouvées dans l’un des ordinateurs de Raul Reyes, le numéro 2 de la guérilla mort le 1er mars lors du bombardement colombien, les FARC ont mis au point un plan en cinq points qui aboutiraient à la libération des otages. Les deux premières étapes auraient été constituées par la libération de deux groupes d’otages, dont Clara Rojas et Consuelo Gonzalez. Les autres étapes sont constituées de points qu’Alvaro Uribe a jusqu’à présent toujours refusés. A savoir la reconnaissance des FARC comme un groupe belligérant et non plus terroriste. Second point, la démilitarisation d’une zone de 800 kilomètres carrés dans le sud de la Colombie, pour abriter des négociations.
Uribe : 82% d’opinions favorables
Le Président Alvaro Uribe est certainement enclin à maintenir son intransigeant refus. L’opinion colombienne est en effet massivement derrière lui. Les derniers sondages lui accordent 82% d’opinions favorables. Les citoyens colombiens semblent penser que la stratégie de répression du président Uribe est couronnée d’efficacité et que les FARC sont au bord de la débandade. Ce point de vue n’est pas partagé par l’ancien Haut-commissaire à la Paix, Camilo Gomez Alzate. A ce poste dans les années 1990, sous l’autorité du président Andres Pastrana, et donc responsable d’interminables et vaines négociations avec la guérilla, Camilo Gomez Alzate affirme que les échecs militaires subis par les FARC n’entraineront pas forcément la libération des otages. Selon les propos de ce haut fonctionnaire colombien recueillis par Radio Caracol, « même avec une pression maximale, les FARC ne subissent rien. La réalité est une chose et ce qu’ils ressentent, une autre. Voilà quarante ans qu’ils sont cachés dans le maquis. Ils croient qu’ils peuvent y rester éternellement. » Une analyse pessimiste mais réaliste.
L'Equateur dit avoir démantelé plus de 100 bases des Farc
"Nous avons démantelé 117 camps des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), dont 47 l'an dernier», a déclaré l'ambassadeur d'Equateur, Issa Obando lors d'une conférence de presse à Madrid.
El Pais a assuré mercredi que les Farc disposaient de «huit bases stables en Equateur», dans la zone du fleuves San Miguel et qu'elles entretenaient des discussions «au plus haut niveau» avec le gouvernement équatorien.
Le journal se basait sur le contenu des ordinateurs de Raul Reyes, le numéro deux des Farc, tué le 1er mars par l'armée colombienne en territoire équatorien près de la frontière entre les deux pays, et sur le témoignage d'un ex-membre de la sécurité de Raul Reyes.
Le gouvernement équatorien avait menacé mercredi de porter plainte contre El Pais, mais son ambassadeur en Espagne a assuré vendredi n'avoir encore reçu aucune consigne en ce sens.
Il a précisé avoir envoyé une lettre de protestation au journal espagnol qui se serait engagé à la publier.
L'armée et la police équatorienne «ont détruit de l'armement et des laboratoires de cocaïne dans le secteur» mentionné par El Pais, a assuré M. Obando.
«Nous sommes des victimes du conflit» en Colombie, a-t-il souligné, affirmant que des soldats équatoriens avaient été tués lors d'affrontements avec les Farc.
L'Equateur «souhaite que ce conflit trouve une issue, mais n'est pas prêt à permettre que ses conséquences s'étendent au territoire équatorien», a-t-il souligné.
Les présidents équatorien Rafael Correa et colombien Alvaro Uribe ont annoncé vendredi dernier la fin de la crise en Amérique latine provoquée par une incursion colombienne contre une base des Farc en territoire équatorien, au cours de laquelle le numéro deux de la guerilla, Raul reyes avait été tué.
14 mars 2008
Otages/Farcs: un plan présenté à Sarkozy
M. Luis Eladio Perez, ex-prisonnier des Farc, devait partir aujourd'hui pour Paris pour présenter au président français Nicolas Sarkozy un plan de libération des otages encore entre les mains de la guérilla dont la franco-colombienne Ingrid Betancourt."Je ne peux pas révéler le contenu de ma proposition avant de l'avoir soumise au président Sarkozy dont la participation est fondamentale pour obtenir la libération d'Ingrid et des autres otages", a déclaré M. Perez à l'AFP."Mais je suis très optimiste, a ajouté l'ancien confident d'Ingrid pendant sa détention, car le président de mon pays Alvaro Uribe connait déjà cette proposition et la considère comme viable"."Le président Sarkozy a lancé une campagne internationale très réussie pour la vie des Colombiens. (....) Et en plus son rôle sera vital dans la partie logistique de ces libérations", a-t-il estimé, précisant que les rôles joués par le président du Venezuela Hugo Chavez et la sénatrice colombienne Piedad Cordoba seront également très sollicités
une femme indomptable
BOGOTA, vendredi 14 mars 2008 (LatinReporters.com) - Devancée seulement par la popularité (opinions favorables) sans précédent de 84% du président conservateur Alvaro Uribe, celle de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, ex-candidate présidentielle otage de la guérilla des FARC depuis plus de six ans, atteint 71% et surpasse la popularité des autres personnalités publiques du pays. Ces chiffres d'un sondage Gallup Colombia ont été diffusés le 13 mars.Enlevée le 23 février 2002, Ingrid Betancourt, 46 ans, est plus populaire que les notables politiques régulièrement cités par les médias colombiens comme candidats potentiels à la succession du président Uribe, pour autant que ce dernier ne brigue pas en 2010 un troisième mandat comme l'y poussent ses partisans en dépit de difficultés constitutionnelles.
C'est peut-être la première fois depuis 2002 que la popularité d'Ingrid Betancourt se mesure dans un sondage politique colombien. "Elle sera un jour présidente de la Colombie!" s'exclamait il y a deux semaines l'un de ses compagnons de séquestration, l'ancien sénateur Luis Eladio Pérez, libéré par les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) le 27 février dernier. En captivité, dans la jungle et souvent derrière des barbelés, Ingrid lui confiait sa vision politique d'une nouvelle Colombie.
"La guérilla s'est acharnée sur Ingrid Betancourt" indiquait l'ex-parlementaire, relevant la fermeté et l'attitude de défi de la Franco-Colombienne face à ses geôliers. La confirmation qu'elle ne s'est toujours pas rendue psychologiquement apparaissait quelques jours plus tard dans un message récupéré de l'ordinateur de Raul Reyes, le numéro deux des FARC abattu le 1er mars près de la frontière colombo-équatorienne. "Cette dame est d'un tempérament volcanique, elle est grossière et provocatrice avec les guérilleros chargés de s'occuper d'elle. En outre, s'y connaissant en image et sémiologie, elle les utilise comme impact contre les FARC" écrivait Reyes au secrétariat (commandement collectif) de la guérilla.Mais Luis Eladio Pérez a averti qu'Ingrid Betancourt, "dans un état physique et émotionnel délicat, très malade et physiquement et moralement épuisée, est peut-être encore plus diminuée" que sur les dernières preuves de vie, photo et vidéo, qui soulevèrent une émotion internationale fin novembre 2007.
Cette double image de souffrance et d'insoumission dans son bagne "révolutionnaire" a probablement forgé la popularité actuelle d'Ingrid. Elle était déjà grande à l'étranger, notamment en France. Mais en Colombie, la gloire de son époque de sénatrice s'était évaporée et son retour à la pointe des préférences des Colombiens était suffisamment inattendu pour que l'édition digitale de l'influent quotidien El Tiempo parle jeudi de "surprise".
Ingrid Betancourt fut critiquée par nombre de Colombiens pour s'être jetée dans la gueule du loup, malgré les avertissements officiels, sur une route du sud contrôlée par les FARC. En outre, l'intense pression diplomatique française sur Bogota en faveur de négociations avec la guérilla pour qu'elle libère la célèbre otage a longtemps importuné les Colombiens. Alors qu'elle était déjà séquestrée depuis près de trois mois, Ingrid se classa cinquième de l'élection présidentielle de mai 2002, sur le modeste score de 53.922 voix, soit moins d'un pour cent des suffrages (0,49% exactement). Une loi spéciale autorise en Colombie le maintien sur les listes électorales de candidats enlevés par la guérilla.
Si elle est libérée avant 2010 (la probabilité en est grande), Ingrid Betancourt aura des chances plus que raisonnables de devenir à Bogota la locataire du palais présidentiel de Nariño si sa popularité de 71% se maintient ou progresse.Elle précède désormais d'un point la pré-candidate présidentielle favorite dans les sondages précédents, l'ancienne ministre des Relations extérieures Noemi Sanin, femme de caractère au grand charme qui brigua aussi la présidence en 2002, se classant 4e, et qui est aujourd'hui ambassadrice de Colombie à Londres.
Mais si Ingrid Betancourt ambitionne vraiment encore la présidence, il faut lui souhaiter d'abord, certes, d'être libérée, mais aussi de ne pas l'être de la main du président vénézuélien Hugo Chavez, allié idéologique des FARC auquel la guérilla a remis six otages depuis le début de l'année. Car, à en croire le sondage de Gallup Colombia, Hugo Chavez est détesté par 90% des Colombiens. Etre son obligée ne serait donc pas un capital politique bénéfique.Preuve en est qu'une protégée du président vénézuélien, la pré-candidate présidentielle et sénatrice colombienne Piedad Cordoba, associée par les FARC et Chavez aux récentes libérations d'otages, ne recueille que 20% d'opinions favorables.Basé sur 1.000 entretiens téléphoniques à Bogota, Medellin, Cali et Barranquilla, le sondage a été effectué du 4 au 6 mars.
Une grave crise diplomatique, dramatisée par des mouvements de troupes, opposait ces jours-là Bogota à Caracas et Quito après l'attaque qui permit à l'armée colombienne d'abattre le chef rebelle Raul Reyes dans un camp des FARC au nord de l'Equateur. Hugo Chavez menaçait alors d'entrer en guerre contre la Colombie si elle lançait une opération similaire au Venezuela.Les Colombiens se sont unis autour de leur président note Jorge Londoño, gérant de Gallup Colombia, expliquant ainsi la popularité de 84% d'Alvaro Uribe, record de ses quasi six années de présidence.
12 mars 2008
Les eurodéputés brandissent des portraits d'Ingrid Betancourt
Le président du parlement Hans-Gert Pöttering a réclamé dans un bref discours la "libération immédiate" de Mme Betancourt et de tous les autres otages détenus par la guérilla colombienne des FARC, "pour des raisons humanitaires".
Sous les ovations de l'hémicycle, de nombreux eurodéputés ont brandi, à l'initiative des Verts, des portraits de l'ancienne candidate écologiste à la présidentielle colombienne avec les mentions "Ingrid libre" et "Preuve de vie, preuve d'urgence".
L'ancien sénateur colombien Luis Eladio Perez, libéré le 27 février par les FARC, a affirmé mardi que la Franco-Colombienne était découragée et allait "très mal". Capturée le 23 février 2002, Ingrid Betancourt fait partie d'un groupe de 39 otages dont la guerilla propose la libération, en échange de celle de 500 miliciens emprisonnés.
11 mars 2008
Ingrid va "trés mal"
"Elle va très mal. Je l'ai vue quelques minutes quand on me conduisait vers la liberté. Elle était extrêmement faible, maigre. Et le pire : sans force morale pour continuer. Elle sait qu'elle peut être la dernière à être libérée et cela l'angoisse énormément", a confié Perez.
Perez, qui est resté sept ans otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) dont quatre en compagnie d'Ingrid Betancourt, a raconté être resté seul pendant deux ans aux mains des Farc avant d'être intégré à d'autres groupes d'otages.
"Les premières personnes que j'ai rencontrées furent Ingrid et Clara Rojas (ex-otage libérée en janvier et ex-assistante de Betancourt). Nous nous étions déjà connus au Sénat et nous nous sommes liés d'amitié. Une vraie complicité s'est aussi établie pour nous défendre", a ajouté M. Perez.
"Un jour, nous avons essayé de nous échapper et nous avons été capturés. La répression a été très dure. Ils nous laissaient enchaînés tout le temps à un arbre. Ils nous punissaient. Surtout Ingrid. Comme elle est la plus connue, c'est elle qui se trouve dans les pires conditions", a estimé l'ex-sénateur.
Certains guérilleros ont même "tenté d'abuser sexuellement d'Ingrid Betancourt", a-t-il affirmé sans autres précisions.
"J'ai toujours essayer de la protéger et de faire en sorte qu'ils la respectent. J'ai connu beaucoup de difficultés à cause de cela. Mais elle (Ingrid) aussi m'a aidé", a poursuivi M. Perez.
"Quand j'ai eu un infarctus et trois comas diabétiques, elle s'est occupée de moi", a-t-il souligné.
Capturée le 23 février 2002, Ingrid Betancourt fait partie d'un groupe de 39 otages dont les Farc proposent la libération, en échange de celle de 500 guérilleros emprisonnés.
Otages des Farc: les preuves de vie de 9 militaires et policiers remises au Venezuela

BOGOTA (AFP) - Les familles de neuf militaires et policiers colombiens pris en otages ont reçu lundi à Bogota des preuves de vie, remises par les guérilleros des Farc (marxiste) au gouvernement du Venezuela.
A la demande du président Hugo Chavez, la sénatrice colombienne Piedad Cordoba a distribué dans une maison du sud de Bogota des vidéos et du courrier aux familles des otages dont certains sont prisonniers depuis plus de dix ans.
Auparavant, Mme Cordoba avait donné à Caracas au "marcheur pour la paix" Gustavo Moncayo, une preuve de vie de son fils, le sous-officier Pablo Moncayo, détenu depuis le 20 décembre 1997.
"Le plus important est de continuer à travailler pour un échange humanitaire, le plus rapidement possible et qu'il ouvre la porte au processus de paix en Colombie", a déclaré Mme Cordoba à un groupe de journalistes.
Mme Cordoba a également remercié la guérilla "pour avoir fait parvenir ces preuves de vie depuis jeudi dernier" et indiqué qu'elle poursuivra ses efforts pour obtenir la libération de l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, prisonnière depuis plus de 6 ans.
Selon le ministre vénézuélien de l'Intérieur, Ramon Rodriguez Chacin, certaines des preuves de vie ont été enregistrées le 15 décembre 2007 et d'autres cette année.
Mme Cordoba a également annoncé lundi qu'elle entamerait une tournée en Amérique latine et en Europe pour promouvoir le projet d'un échange entre une quarantaine d'otages dits "politiques" des Farc, dont Mme Betancourt et trois Américains, contre quelque 500 guérilleros emprisonnés par les autorités en Colombie.

