30 juillet 2008
Guillermo Javier Solórzano, 1 an, 1 mois et 26 jours de captivité
20 juillet 2008
5 juillet 2008
Un Canadien porté disparu en Colombie
Un citoyen canadien a été porté disparu cette semaine en Colombie, selon le ministère canadien des Affaires étrangères.Le gouvernement n'a pas précisé s'il s'agissait d'un enlèvement, ce que rapportaient plusieurs médias canadiens hier, et n'a pas indiqué son identité.La télévision de Radio-Canada a indiqué que l'homme, âgé de 46 ans, s'appelait Thomas McClain, était ingénieur et vivait en Colombie depuis deux ans.La chaîne publique affirme que l'enlèvement s'est produit dans le nord-ouest du pays et que le beau-frère de M. McClain, de nationalité colombienne, a aussi été enlevé.Les diplomates canadiens en poste à Bogota sont en contact avec les autorités colombiennes et la famille pour suivre l'affaire, a indiqué à l'AFP un porte-parole gouvernemental.La disparition a eu lieu dans une région où opèrent deux organisations de guérilla d'extrême gauche, l'Armée de libération nationale (ELN) et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).Source : AFP -->
Pour Hervé Marro Porte parole du comité "agir pour Ingrid"
Hervé je veux te dire toute l'admiration des arcachonnais et des girondins pour ton travail et le travail du comité, te dire que mon engagement est lié au tien, c'est à dire sans ta volonté, courage et ta détermination je serais rester devant la télé.
Donc je te suis dans le collectif, Auprés de toi et d'Ingrid, oui je te suis dans ce nouvel engagement et je demande aux personnes qui participaient à nos actions d'en faire de même.
Encore un mot, Hervé je ne suis pas le seul à penser cela et si Ingrid par hasard vient nous voir, je souhaite te voir car pour moi Ingrid est une femme exceptionnelle servie par toi un homme d'exceptionnel.
3 juillet 2008
la petite armée d'Ingrid, son petit Lieutenant
Un "rassemblement du bonheur" était prévu en fin d'après-midi devant le parvis de l'hôtel de ville de Paris, où la photo d'Ingrid Betancourt a été déployée pendant des années.
En milieu de journée, la présidence française a annoncé que la Franco-colombienne arriverait en France vendredi dans l'après-midi, à bord d'un Airbus de la présidence française.
L'appareil, à bord duquel ont pris place la famille d'Ingrid Betancourt, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner et le médecin-chef de la présidence française, était attendu à Bogota entre 08H00 et 09H00 locales (13H00/14H00 GMT) pour des retrouvailles qui s'annonçaient particulièrement émouvantes.
Dans une déclaration faite juste après sa libération, après six ans et quatre mois aux mains de la guérilla colombienne des Farc, Ingrid Betancourt a remercié "sa douce France", où elle a passé une partie de sa vie et fait des études, rendant hommage à tous ceux qui l'ont soutenue.
"Je suis colombienne mais je suis française, mon coeur est partagé (...) Je vais très vite être avec vous, je rêve d'être en France", a-t-elle dit.
Le président Nicolas Sarkozy, qui avait fait de la libération de la Franco-Colombienne une "priorité" de son action diplomatique et multiplié les initiatives en ce sens, a exprimé mercredi soir la "joie immense" de "toute la France", entouré par les enfants de l'ex-otage, Mélanie et Lorenzo Delloye, et sa soeur, Astrid Betancourt.
"C'est le moment tant attendu. Avec toute ma famille, on manque de mots. On n'attend que le moment de serrer maman dans nos bras", a dit Mélanie Delloye, la gorge serrée. "C'est le meilleur moment de ma vie", a assuré son frère.
L'événement faisait jeudi la Une de tous les journaux français, sans exception, tandis que radios et télévisions bouleversaient leurs programmes pour des émissions spéciales.
Les médias français ont surtout mis en avant un succès personnel du président colombien Alvaro Uribe, qui ne semble pas avoir mis au courant les autorités françaises d'une opération de libération menée dans le plus grand secret.
Le bras droit de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, a déclaré que la France n'avait "pas pris part" à l'opération de libération de l'otage par l'armée colombienne.
"Il est vrai que nous ne l'attendions pas à ce moment-là", a reconnu M. Guéant. "Ce dénouement, nous l'avons appris un quart d'heure" avant que les médias colombiens ne l'annoncent, a-t-il dit.
A droite comme à gauche, la classe politique française a été unanime à saluer l'heureux dénouement.
Le chef du parti socialiste François Hollande a souligné le rôle de la diplomatie française, parlant d'une cause qui a dépassé "les clivages, les sensibilités".
Ingrid Betancourt est devenue en France une icône, un symbole du drame des otages dans le monde. Elle a suscité la mobilisation de nombreux artistes, associations, personnalités de tous bords et citoyens ordinaires.
Le portrait de l'otage avait été affiché au fronton de très nombreuses mairies, qui en avaient fait leur citoyenne d'honneur. Eygalayes, un village de 75 habitants dans la Drôme (sud-est), avait même rebaptisé sa place centrale du nom d'Ingrid Betancourt.
En début de semaine, son portrait avait été hissé au Mont Blanc, le plus haut sommet des Alpes.
Les enfants d'Ingrid Betancourt, Mélanie et Lorenzo Delloye, qui avaient 16 et 13 ans lorsqu'elle a été enlevée en février 2002, étaient devenus le fer de lance de la mobilisation. Deux comités de soutien ont multiplié les opérations --marche blanche, concerts, pétitions-- mobilisant sans relâche l'attention des médias et de tout un pays.
25 juin 2008
Ingrid Betancourt - La folle équipée de la DGSE
Il y a le rideau de fumée, la « légende », comme on dit dans les services secrets : un avion militaire banal, avec un équipage lambda, qui part en mission sanitaire avec un « soutien léger » de la DGSE. Et puis la réalité : une opération lourde, décidée dans la plus extrême urgence, sinon dans l'affolement, avec les seuls hommes et les seuls moyens capables, en France, de la mener sans le moindre préavis et avec la plus grande discrétion : ceux de la DGSE.
Voilà le vrai scénario de la mission avortée de sauvetage d'Ingrid Betancourt. Elle a été voulue par le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. Organisée par son directeur de cabinet, Pierre Vimont, avec son homologue de la Défense Philippe Marland, tandis que Villepin et Alliot-Marie se trouvaient ensemble à Moscou pour la réunion de la grande commission franco-russe, le 8 juillet. Les deux ministres furent mis au courant des détails à leur retour à Paris.
Dès le lendemain 9 juillet, le décalage horaire aidant, la DGSE pouvait mettre en place sur l'aéroport de Manaus, au Brésil, l'un de ses avions « propriétaires » : un C130 Hercules du GAM 56 (56e Groupe aérien mixte) basé à Evreux, l'escadrille secrète du service Action, appartenant à la direction des opérations de la DGSE. Une opération cent fois répétée dans l'histoire du service, une « réception de colis » qui fait partie des missions de base d'aviateurs triés sur le volet, capables de mener des actions ahurissantes de complexité et de risques.
Celle-ci, en principe banale, a été menée par une dizaine de fonctionnaires des services secrets. Tous, pilotes, médecins, infirmiers, transmetteurs, étaient des personnels de la caserne du boulevard Mortier, à Paris. Dix hommes, tous experts, tous volontaires, tous aguerris et accoutumés aux périls. Seul civil à bord : Pierre-Henri Guignard, le chef-adjoint du cabinet de Dominique de Villepin et son conseiller pour les affaires d'Amérique latine. Après des démentis réitérés, bien des explications embrouillées, Le Point s'est fait confirmer ces faits.
Le Point a également obtenu confirmation de la chaîne politique de décision : Quai d'Orsay, Elysée. C'est court, mais c'est la règle. Comme souvent lorsque les opérations sont précipitées, celle-ci a connu des aléas particulièrement graves. Notamment parce que les autorités brésiliennes, qui ont vu atterrir sur l'aéroport de Manaus un avion militaire identifié comme français, certes, mais sans autre précision, ont eu la puce à l'oreille.
Des passagers inhabituels
Elles n'ont pas été prévenues officiellement avant le samedi 12 de la véritable nature de la mission. « Brasilia a préféré que l'avion reparte en direction de Cayenne, où il est resté jusqu'au 15 juillet avant de rentrer à Evreux » , affirme un bon connaisseur du dossier. Un autre considère que l'erreur est de n'avoir pas mis les Brésiliens au courant dans les temps. « On aurait dû les placer dans la boucle. » « C'est maladroit, pas scandaleux » , considère une troisième source.
Mais les effets de cette maladresse sont connus. Entre l'aéroport de Manaus et celui de São Paulo de Olivença, en pleine jungle, point de rendez-vous entre la famille Betancourt et les FARC, le pilote de l'avion-taxi transportant trois hommes de la DGSE et Pierre-Henri Guignard a été intrigué par le comportement de ces passagers inhabituels ; puis la police et donc la presse brésilienne ont eu vent de l'histoire. Les forces militaires et la police locales se sont agitées, les ravisseurs ne sont pas venus au rendez-vous, s'ils avaient jamais eu des intentions en ce sens, et tout a capoté.
Lorsqu'il a monté cette opération, Dominique de Villepin entendait assurer le sauvetage d'Ingrid Betancourt, son amie des années de Sciences po Paris et ancienne candidate à la présidence colombienne. Rien de plus, affirme-t-il. Pour l'instant, la position officielle est ferme : ni argent, ni armes pour les FARC, ni traitement médical pour l'un de ses chefs. Sur France 2, dimanche soir, Villepin dément vigoureusement avoir envisagé de transiger avec les geôliers colombiens d'Ingrid Betancourt : « A aucun moment la France n'a évidemment négocié avec les ravisseurs. A aucun moment il n'y a eu d'échange. La France s'en est tenue à une mission médicale. »
D'Ingrid Betancourt personne, à part ses ravisseurs, ne sait en réalité si elle est morte ou vivante. Sa soeur Astrid, elle aussi franco-colombienne, elle aussi proche des milieux diplomatiques français, se démène depuis des mois pour obtenir sa libération. Début juillet, précisément le 6, c'est elle qui avise les autorités françaises, via l'ambassade de France à Bogota, que des émissaires des FARC proposent la libération de sa soeur. Vrai, faux ? C'est sa version, et celle à laquelle Paris se tient.
Un homme connaissant les détails de l'opération confie : « Tout s'est déroulé dans l'urgence. Un émissaire des FARC avait dit à Astrid, la soeur d'Ingrid Betancourt, de se trouver à São Paulo de Olivença, à la frontière colombienne, le 9 juillet. Elle craignait que la nécessité soit absolue, que son état de santé soit très détérioré, et même que sa vie soit en péril. A Paris, il n'y a eu aucun doute pour personne qu'il fallait agir très vite. »
Averti le 8 juillet dans la journée, Jacques Chirac a donné aussitôt son accord, sans hésiter. Selon nos informations, la composition de l'équipage qui a embarqué à bord de l'appareil parti de la base d'Evreux n'a été détaillée ni à Matignon ni à l'Elysée. Ce qui a provoqué un joli pataquès, après la publication d'un article du Monde , le 25 juillet.
« En toute transparence »
Evoquant cette affaire, le président a commencé par barboter, en expliquant à Nouméa qu'il n'était pas au courant d'une implication de la DGSE : « Si une telle opération avait été envisagée, j'aurais naturellement été tenu au courant. » Puis Jean-Pierre Raffarin a remis le discours en ordre, affirmant que la décision de secourir Ingrid Betancourt a « été prise en toute transparence, entre les différentes autorités de l'Etat, au plus haut niveau » . Cette fois, il n'y a plus de mensonge.
La porte-parole de l'Elysée, Catherine Colonna, ajoute que « le président de la République avait été informé et avait donné son accord de principe » . Là encore, selon nos informations, c'est bien la réalité : l'hôte de l'Elysée considère qu'il n'a pas à être tenu informé des détails d'une opération dont il se contente d'accepter les grandes lignes et que son état-major particulier va suivre.
Sous tutelle administrative du ministère de la Défense, qui assure l'intendance en lui attribuant son budget, la DGSE prend ses ordres aujour- d'hui au Quai d'Orsay. Tel était le voeu de Villepin en y faisant nommer, l'an dernier, un directeur de son choix, l'ambassadeur Pierre Brochand. La tendance avait été initiée par Jospin, qui avait nommé l'ambassadeur Jean-Claude Cousserand. Autres temps, mêmes moeurs...
Ou est la vérité????
"Concernant la question des nouveaux contacts, il n'y en a pas eu. Il n'y a eu qu'une mauvaise interprétation parce que nous n'avons pas de nouveaux contacts", a déclaré le diplomate qui a démenti des informations en provenance d'une source proche de l'Elysée à Paris selon lesquelles la France serait parvenue à renouer le contact avec les rebelles.
"Nous avons multiplié les initiatives pour renouer le dialogue avec la nouvelle équipe dirigeante des Farc (...) nous avons réussi, nous le pensons, à renouer un dialogue avec certains des membres du secrétariat des Farc", avait déclaré à l'AFP le 19 juin cette source sous couvert de l'anonymat.
Interrogée sur l'état de santé d'Ingrid Betancourt, la source proche de l'Elysée avait indiqué que l'otage franco-colombienne était toujours en vie.
Le directeur du journal communiste Voz, Carlos Lozano, a pour sa part indiqué mardi à l'AFP qu'il avait réussi à rétablir la communication avec le nouveau chef des Farc Alfonso Cano tout en soulignant qu'il est très difficile de maintenir un dialogue ouvert avec les rebelles depuis l'assassinat le 1er mars en Equateur par l'armée colombienne du porte-parole des Farc Raul Reyes.
Alfonso Cano "se trouve dans des régions où l'on peut supposer qu'il s'y déroulent de nombreuses opérations militaires. Le ministre de la Défense Juan Manuel Santos a lui-même indiqué qu'il avait envoyé dans les zones où se trouverait Cano plus de 3.000 soldats supplémentaires. Il ne faut pas oublier que ces contacts ne s'établissent pas par téléphone", a ajouté M. Lozano.
Ingrid Betancourt, enlevée en 2002, fait partie d'un groupe de 39 otages dont les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) proposent la libération contre celle de 500 guérilleros emprisonnés.
Ces 39 otages sont pour la plupart des policiers et militaires colombiens, ainsi que trois Américains, capturés en 2003 alors qu'ils effectuaient une mission anti-drogue pour le gouvernement des Etats-Unis
22 juin 2008
Colombie: les Farc transmettent une preuve de vie d'un député otage
BOGOTA (AFP) — La guérilla colombienne des Farc a transmis samedi une vidéo comme preuve de vie de Sigifredo Lopez, seul survivant d'un groupe de douze députés colombiens otages depuis 2002, dont onze ont été tués en captivité il y a un an, a-t-on appris auprès de l'Eglise catholique.
Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) "ont fait parvenir une preuve de vie de Sigifredo Lopez", a déclaré à l'AFP Hernando Gonzalez, membre de l'archevêché de la ville de Cali (sud-ouest).
Cette vidéo a été transmise à une commission comprenant l'archevêque auxiliaire Julio Hernando Garcia, le père José Gonzalez, chef des services de communication de l'archevêché, et Hernan Sandoval, ancien médiateur de la municipalité de Cali.
Les onze anciens député provinciaux du département du Valle del Cauca (centre est) avaient été tués le 18 juin 2007 par des "tirs croisés", selon les Farc, pendant une attaque de l'armée colombienne contre leur camp de détention en vue de leur libération par la force.
La vidéo consiste en un enregistrement de 30 minutes dans lequel l'ex-député donne des précisions sur les circonstances de la mort de ses collègues tués il y a un an, a indiqué Hernando Gonzalez.
Dans son message, l'ex-député "lance un appel à un accord humanitaire" sur un échange d'otages contre des guérilléros incarcérés, a de son côté précisé M. Sandoval, ajoutant que Sigifredo Lopez qualifie son propre état de santé de "très bon".
La vidéo devait être présentée samedi au cours de la journée à la presse au siège de l'archevêché, où seront présents des proches de l'otage.
Sigifredo Lopez doit sa survie au fait qu'il avait été "puni" et transféré à un autre endroit le jour de l'attaque de l'armée contre le camp des Farc.
L'annonce de la remise de cette vidéo intervient le même jour que la publication d'un communiqué des Farc dans lequel la guérilla affirme que la libération des otages est une question de "volonté politique" du gouvernement du président Alvaro Uribe.
Les otages "attendent la décision et la volonté politique de l'actuel gouvernement pour être échangés contre nos combattants injustement détenus dans les prisons du régime", dit ce texte.
Le communiqué est signé par le "Bloc oriental" des Farc, qui affirme détenir "plus de 40" otages, surtout des "officiers, sous-officiers (de l'armée et de la police) et des représentants de la classe politique corrompue et de l'Etat".
20 juin 2008
Betancourt: Paris a renoué le contact avec les Farc
"Nous avons multiplié les initiatives pour renouer le dialogue avec la nouvelle équipe dirigeante des Farc (...) Nous avons réussi, nous le pensons, à renouer un dialogue avec certains des membres du secrétariat des Farc", a indiqué cette source sous couvert de l'anonymat.
"Nous continuons (nos efforts), mais dans la discrétion", a-t-elle ajouté.
Avec la mort en mars du numéro 2 des Farc, Raul Reyes, abattu lors d'une opération de l'armée colombienne sur le territoire de l'Equateur voisin, la France avait perdu son principal interlocuteur au sein de la direction de la guérilla colombienne.
Interrogée sur l'état de santé d'Ingrid Betancourt, la source proche de l'Elysée a indiqué, sur la foi d'indications non recoupées, que l'otage franco-colombienne était en vie. "Toutes les indications que nous avons confirment qu'elle est en vie. Les témoignages qu'on a reçus montrent que son état de santé est mauvais, mais pas dramatique. Je le dis avec une extrême prudence, parce que tout ça nous parvient non recoupé et de façon relativement indirecte", a précisé la même source.
Les Farc détiennent 39 otages dits "politiques", dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, ancienne candidate à la présidentielle détenue depuis six ans et en mauvaise santé, ainsi que trois Américains, qu'elle veut échanger contre 500 guérilleros emprisonnés.
18 juin 2008
San Vicente, l’ex-capitale toujours hantée par les Farc
Libération.fr mercredi 18 juin 2008
Une modeste table de bois, quatre chaises en plastique, sur le perron d’une maisonnette qui domine la ville, un peu à l’écart du centre : Fernando appelle ça sa «terrasse». Il offre un tinto, un café noir. Il dit : «Tu vois le jeune qui vient de passer devant ma porte ? Même si je vis ici depuis des années et que je pense connaître tout le monde, je ne peux pas savoir si c’est simplement un jeune qui passe devant ma porte ou si c’est un milicien des Farc, un type qui vient espionner et qui fera son rapport à la guérilla.» D’ailleurs, Fernando a baissé la voix. A 71 ans, cet éleveur a passé la main à ses enfants mais a gardé sa langue : «Ici, tout le monde paie le "vaccin", l’impôt révolutionnaire aux Farc, du plus petit au plus gros éleveur, et celui qui dit le contraire est un menteur, un mec qui n’a pas les couilles au bon endroit.» Ici, à San Vicente del Caguán, en plein cœur de la Colombie, tout le monde ne pense qu’à ça : à la guérilla des Farc. Même si elle n’est plus présente. Ou moins présente.
Négociations. San Vicente del Caguán fut la «capitale» des Farc, de 1999 à 2002. Pendant ces trois ans, cette commune de 60 000 habitants - mais sur une superficie de 300 fois celle de Paris - a été le centre des négociations entre la guérilla et le gouvernement colombien de l’ex-président Andrés Pastrana. Négociations qui n’ont abouti à rien. Mais durant ces trois ans, les Farc ont pu croire qu’elles étaient parvenues aux portes du pouvoir : Andrés Pastrana avait accepté de «démilitariser» (évacuer toute force de police et de l’armée) le Caguán, une zone grande comme la Suisse, autour de San Vicente et de quatre autres communes voisines. «Concrètement, nous avions donc dû trouver un accord avec les Farc, notamment en matière d’ordre public, se souvient le maire de San Vicente de l’époque, Néstor Ramírez. La police était partagée moitié-moitié entre des membres des Farc - 30 hommes, armés - et des gens nommés par la mairie - 30 hommes, mais seulement équipés de bâtons…»
Néstor Ramírez avait été élu fin 2000. Les Farc étaient donc déjà installées à San Vicente depuis un an. «Mais la guérilla n’a pas réussi à truquer ces élections de 2000, ajoute-t-il. Il y avait trop de journalistes et d’observateurs internationaux.» Il a donc remporté la mise, loin devant le candidat des Farc. Même s’il a dû cette élection à son implantation locale, Ramírez était sur une liste se réclamant du parti d’Ingrid Betancourt, Vert oxygène. Il fut le seul maire du pays, cette année-là, à être élu derrière la Franco-Colombienne, désormais otage des Farc depuis février 2002, juste après la rupture des négociations de San Vicente.
«Trois jours après l’élection, trois guérilleros se sont invités chez moi, raconte l’ancien maire. Ils ont dit venir au nom de Manuel Marulanda [le chef et fondateur des Farc, mort à 80 ans en mars, ndlr]. Je leur ai offert des sodas et des tintos. Ils m’ont félicité pour mon élection et ils ont dit leur désir de collaborer avec moi. Je leur ai dit non, que ce n’était pas l’idée de mon équipe municipale. C’était d’ailleurs une des conditions d’Ingrid Betancourt : pas de compromissions avec les Farc. "Pas de soucis", m’ont-ils dit…» Février 2002 voit la rupture les négociations et l’enlèvement d’Ingrid Betancourt - sur une route qui la menait, justement, à San Vicente. Pour Néstor Ramírez, l’affaire se complique. L’armée colombienne a réinvesti le bourg, mais pas toutes les zones alentour, loin de là. Les Farc sont encore tout près : «Trois jours après la rupture, je reçois une lettre : elles m’invitent à les rencontrer dans une zone rurale. Je n’y vais évidemment pas. Deuxième lettre, plus sèche, selon laquelle je dois "comparaître". Troisième lettre : je deviens littéralement un "objectif militaire" et dois abandonner le village "immédiatement".»
Enlevé. Le Caguán est une zone de savane, conquise sur la forêt tropicale au début du XXe siècle. Entre vallées et monts pré-andins, la commune de San Vicente, moyennement riche, vit de l’élevage extensif de bovins. Au mieux de sa fortune, Fernando a eu jusqu’à 5 000 têtes de bétail. Il a eu aussi jusqu’à neuf gardes du corps. Et a été enlevé, durant huit mois, par la guérilla. Outre leur cinquantaine d’otages dits «politiques», les Farc enlèvent régulièrement des gens pour racketter les familles - ils seraient aujourd’hui 700 entre leurs mains. «Comme otage, j’ai été bien traité, raconte Fernando. La marchandise, il faut bien la traiter si on veut qu’elle garde de la valeur.» La famille a payé, il ne veut pas dire combien. «Ici, c’est toujours la loi du silence.» L’armée affirme aujourd’hui que tout va bien : «Nous avons réussi à contrôler toute l’ancienne zone démilitarisée, même s’il y a encore, parfois, des combats intenses dans des régions éloignées, à quelques dizaines de kilomètres d’ici ; des combats intenses ça ne veut pas dire qu’il y a forcément beaucoup de pertes, mais ça peut durer trois ou quatre heures», affirme le colonel Gómez, à la tête du régiment Cazadores, 1 200 hommes implantés à une dizaine de kilomètres du centre de San Vicente. La caserne rassemble aussi les 1 200 hommes d’une brigade mobile et 3 000 issus de la force spéciale de commandos Omega. 5 400 militaires pour 60 000 habitants : par défaut, l’Etat prouve qu’il n’a pas récupéré totalement l’ex-capitale des Farc.
Ruines. Néstor Ramírez montre son ex-maison, dans le centre de San Vicente, dont il ne reste rien. Juste des ruines, des pans de murs désormais bouffés par la végétation tropicale. Dynamitée le 25 janvier 2003, comme «objectif militaire» des Farc. Quatre mois plus tard, dans la nuit, les locaux de la mairie et du poste de police explosent : un seul mort, un gamin de 8 ans. Puis, de 2004 à 2007 : quatre assassinats de conseillers municipaux. Des balles dans la tête. Malgré les gardes du corps. «Douze policiers sur une quarantaine se consacrent uniquement à la protection des élus, dit le major Pérez Monroy, le commandant du poste de police. Les peurs ne sont plus les mêmes qu’à l’époque où les Farc tenaient le village. Aujourd’hui, les craintes sont diffuses : à tout moment peut survenir un assassinat, un attentat à la voiture ou à la moto piégée. Personne ne sait quand ni comment.» Mais les Farc sont toujours là, dans cette ville poussiéreuse et oubliée de la géographie colombienne. Sans uniforme de guérilleros, mais sous la forme de ces «miliciens civils», insaisissables, qui continuent à tuer et à prélever «le vaccin».
15 juin 2008
La Colombie sur le chemin de la paix
La guérilla est diminuée et ne peut plus mener d'offensives. 30 000 paramilitaires déposent les armes. S'agit-il d'une transformation en profondeur, ou d'un changement de façade ?
Photo : Des enfants jouant dans le "Parque de los Deseos" à Medellin le 2 mai 2008 (AFP/Arboleda).
En chemise claire, rondouillard mais pas vraiment sympathique, l’homme semble serein, la conscience tranquille. En ce début du mois de mai, Diego Fernando Murillo, assis devant une petite table dans une pièce du bâtiment de la police judiciaire – le « bunker » –, est plongé dans un document de plusieurs pages.À sa droite, son avocat ; debout, à sa gauche, un homme armé, en treillis sombre, surveille le prisonnier. Avec un peu de retard, le procureur ouvre la séance et l’ancien chef paramilitaire, après un bref préambule, répond aux questions laissées en suspens lors de la précédente session.Dans la pièce, ni public ni témoin. L’audience se tient à huis clos. Pas tout à fait pourtant, car la scène est retransmise dans deux villes du nord-ouest du pays, là où « Don Berna » – c’est son nom de guerre – a dirigé les milices d’extrême droite dans les années 1990. Non sans avoir auparavant trahi le parrain de la drogue, Pablo Escobar, pour mieux lui reprendre son affaire.
Démobilisation en échange d'une justice clémente
À Medellin et à Monteria, des victimes des exactions des « paras » peuvent ainsi voir le détenu, l’écouter et lui poser des questions. Mais indirectement, par écrit : ainsi le prévoit la loi « Justice et Paix », qui sert de cadre à la démobilisation des paramilitaires en échange d’une justice clémente. Un texte qui ne permet pas de confrontation avec les victimes.« Don Berna » apparaît aussi sur un grand écran dans une autre salle du « bunker », à Bogota. Une poignée de personnes sont présentes ce matin, et leurs questions trahissent les mêmes angoisses, les mêmes haines qu’à Medellin ou à Monteria : « Vous êtes venus le 14 avril 2001, vous avez emmené mon mari, et nous n’avons jamais eu de nouvelles depuis. Savez-vous où il est ? » « En octobre 1999, le 10 octobre précisément, des hommes nous ont forcés à quitter nos terres. Que pouvons-nous faire pour les récupérer ? »Les mêmes histoires – celles des milliers de disparus et d’hectares de terres volées –, les mêmes réponses aussi : « Je ne sais rien de ce lamentable fait », anonne « Don Berna ». Ou encore : «Je ne suis pas au courant, je n’ai pas d’informations.»
Près de 10 000 victimes imputées aux milices paramilitaires
Mais le vent a tourné. À coup sûr, les prochains interrogatoires seront plus musclés : comme une quinzaine d’autres chefs des AUC (Autodéfenses unies de Colombie), « Don Berna » vient d’être extradé aux États-Unis, enchaîné et menottes aux poings. Faute d’avoir joué le jeu – Bogota les accuse notamment d’avoir continué à gérer leurs sombres affaires depuis leurs cellules –, c’est désormais à la justice américaine qu’ils devront rendre des comptes.Ils devront s’expliquer non pas sur les violations des droits de l’homme mais sur leur rôle dans le trafic de cocaïne à destination des villes américaines, et risquent de lourdes peines. Voilà donc « Don Berna » et ses tristes acolytes – on attribue aux AUC, créées au milieu des années 1990, de nombreux massacres et quelque 10 000 victimes – hors d’état de nuire.Et ce n’est pas tout. Car les chefs ne sont que la partie la plus visible, la plus spectaculaire, de l’iceberg couleur kaki. Au total, plus de 30 000 paramilitaires ont accepté de déposer les armes depuis 2003, en échange d’une peine de prison de huit ans maximum.
Les Farc aussi sur la défensive
De son côté, la guérilla aussi est sur la défensive, obligée de se replier sur les zones frontalières pour échapper aux offensives de l’armée. Les Farc ont conservé une part de leurs capacités de nuisance – comme l’illustre le cas Betancourt – mais la mort de plusieurs de leurs leaders et de nombreuses désertions ont miné leurs forces, guère supérieures aujourd’hui, selon l’armée, à 9 000 hommes en armes – moitié moins qu’il y a quelques années. Le nombre des enlèvements imputés aux Farc est aussi en forte chute – de près de 1 000 par an au début des années 2000 à une cinquantaine l’an passé.Le pays serait-il sur la voie de l’apaisement ? « C’est certain, il y a moins de violence, note Frédéric Massé, analyste à Bogota à l’International Crisis Group, centre de recherche européen. La guérilla est diminuée et ne peut plus mener d’offensives militaires. Et quand 30 000 paramilitaires déposent les armes, ça fait une différence.Même si certains ne jouent le jeu qu’à moitié, si d’autres ont repris des activités criminelles, on peut estimer qu’il y a 10 000 à 15 000 hommes en armes en moins. Les statistiques attestent de cette diminution de la violence. Mais s’agit-il d’un véritable changement, en profondeur, ou seulement d’un changement de façade ? »
"Dans les faits, rien n'a changé"
Beaucoup s’interrogent en effet sur la réelle portée de cette démobilisation des « paras ». Si la grande majorité des Colombiens s’en félicitent, les organisations de défense des droits de l’homme sont, elles, sévères. « Ce processus est une farce, lâche Alirio Uribe Munoz, du Collectif des avocats, organisme qui défend les victimes d’atteintes aux droits fondamentaux.D’abord parce que ni la justice ni la vérité n’avancent : très peu des paramilitaires sont en prison, et alors qu’ils devaient dire la vérité pour bénéficier de la clémence de la justice colombienne, nous n’apprenons rien ou presque. En outre, dans les faits, rien n’a changé : il y a encore 74 groupes paramilitaires actifs dans 25 départements du pays. »Car tous les indicateurs ne sont pas au vert. La violence à l’encontre des syndicalistes est ainsi repartie à la hausse, après avoir fortement diminué : lors des quatre premiers mois de cette année, 22 assassinats avaient été enregistrés, soit presque autant que sur toute l’année 2007 (26).
Émergence de nouvelles structures criminelles
C’est certes nettement moins qu’au début des années 2000, quand 200 leaders sociaux tombaient tous les ans. Mais ces statistiques confirment une recrudescence de meurtres attribués en général aux « bandes émergentes » – selon la terminologie du gouvernement. La nature ayant peur du vide, surtout quand il y a de l’argent et de la drogue, d’autres structures criminelles ont surgi là où opéraient les paramilitaires.Pour les autorités, il ne s’agit que de délinquance commune, à combattre comme n’importe quelle activité criminelle. Pour d’autres, ces groupes sont bien plus sophistiqués et leur mode de fonctionnement rappelle étrangement celui des paramilitaires. Comme eux, ils seraient également porteurs d’un projet politique, s’attaquant aux leaders sociaux.Au point qu’il devient difficile de les distinguer des « paras ». À l’image des « Aguilas Negras » (« Aigles noirs »), très actifs dans le département Norte de Santander, dans le nord-ouest du pays. Fortes d’effectifs estimés à 4 000 hommes, elles ont d’ailleurs à leur tête d’anciens cadres des AUC.
Uribe salue l'appel de Chavez à libérer des otages des Farc
BOGOTA (Reuters) - Le président colombien Alvaro Uribe a salué l'appel à la libération des otages lancé par le président vénézuélien Hugo Chavez à la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).
Les liens entre la Colombie et le Venezuela sont tendus depuis l'attaque lancée en mars par l'armée colombienne contre un campement des Farc en territoire équatorien. Bogota a affirmé que des documents retrouvés dans l'ordinateur de Raul Reyes, numéro deux des Farc tué lors de cette attaque, prouvaient un soutien accordé aux Farc par Chavez.
Le président vénézuélien rejette ces accusations.
Cette semaine, il a appelé la guérilla colombienne à libérer sans conditions l'ensemble de ses otages, parmi lesquels la franco-colombienne Ingrid Betancourt.
"Je veux à nouveau faire part de nos remerciements au président Hugo Chavez pour ses récentes déclarations qui aideront la Colombie à atteindre une paix durable", a déclaré Uribe.
Il a ajouté qu'une rencontre entre Chavez et lui aurait bientôt lieu, dans le cadre du rapprochement opéré par les deux Etats voisins.
De source interne au gouvernement colombien, on indiquait que cette rencontre aurait probablement lieu au Venezuela avant le 15 juillet, tout en précisant que les détails restaient encore à définir.
14 juin 2008
La chronologie du conflit
1963-1964 : constitution des principaux groupes de guérilla.
1982 : le président Belisario Betancur décrète une amnistie générale afin de réintégrer la guérilla dans la vie politique. Les rebelles refusent, mais suspendent les actions armées.
1985 : reprise de la lutte armée.
juillet 1987 : le président Virgilio Barco légalise les groupes paramilitaires.
novembre 1998 : remise aux Farc d’une zone démilitarisée de 42 000 km2, pour l’ouverture de négociations le 7 janvier 1999.
25 janvier : suspension des négociations, la guérilla accuse Bogota de ne pas assez lutter contre les paramilitaires.
20 février 2002 : rupture par le pouvoir après le détournement d’un avion de la compagnie colombienne.
Le 21, l’armée est autorisée à reprendre la zone démilitarisée.
Le 23, prise en otage d’Ingrid Betancourt.
novembre 2003 : début du processus de démobilisation des paramilitaires.
Les principaux acteurs
Autodéfenses unies de Colombie (AUC), principal groupe paramilitaire, né en 1997 de la fusion de multiples organisations du pays. Les premiers groupes de défense sont apparus dans les années 1950, mais c’est dans les années 1980 que le phénomène se développe pour donner naissance à de véritables armées privées. En 1997, la fusion permet de fédérer différents mouvements, avec un budget de 300 millions de dollars en 2003, provenant à 70 % du trafic de drogue. Les AUC se sont démobilisées entre 2003 et 2006.
Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), fondées en 1964 par Manuel Marulanda (mort cette année), sont le principal mouvement de guérilla mais ne compteraient plus que 9 000 hommes en armes, contre 17 000 il y a quelques années.
13 juin 2008
Un guérillero des Farc aurait proposé de libérer Ingrid Betancourt, selon Uribe
Selon M. Uribe, le guérillero a proposé aux services secrets (DAS) de relâcher l'ex-candidate à la présidence, de nationalité colombienne et française, en échange de la promesse de ne pas expatrier aux Etats-Unis un autre membre des Farc, actuellement détenu.
"Espérons que la proposition de ce guérillero de relâcher Ingrid Betancourt soit réelle (...). Nous respecterions notre engagement de ne pas effectuer l'extradition", a déclaré le président colombien, lors d'une réunion de l'Organisation démocrate chrétienne d'Amérique (OCDA) à Bogota.
Le chef de l'Etat colombien avait déjà évoqué jeudi la possibilité d'obtenir la libération d'otages en échange de son refus d'extrader un membre des Farc. Mais il n'avait pas précisé alors que Mme Betancourt était concernée par ce marché.
"J'assume cet engagement. Dites leur que nous nous engageons à ne pas extrader cette personne. Mais que les otages soient libérés", avait-il déclaré, alors qu'il rendait visite à des députés du département de Risaralda (est).
Le sénateur colombien Luis Eladio Perez, un des six otages relâchés par les Farc depuis le début de l'année, a de son côté estimé que la guérilla pourrait procéder dès la semaine prochaine à de nouvelles libérations, dont celle de Mme Betancourt.
Ingrid Betancourt, enlevée en 2002, fait partie d'un groupe de 39 otages dont les Farc proposent la libération contre celle de 500 guérilleros emprisonnés.
Ces otages sont pour la plupart des policiers et militaires colombiens, ainsi que trois Américains, capturés en 2003 alors qu'ils effectuaient une mission anti-drogue pour le gouvernement des Etats-Unis.
Otages de Colombie : le contact est établi avec le nouveau chef des FARC
Les FARC détiennent 39 otages dits "politiques", dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt et trois Américains. La justice américaine, qui accuse les FARC de trafic de cocaïne, réclame l'extradition d'une cinquantaine de commandants des FARC.
Le 24 mai, le président colombien avait dévoilé l'existence d'un premier contact avec les FARC. Un guérillero aurait appelé le haut-commissaire pour la paix, Luis Carlos Restrepo, en proposant de déserter en compagnie d'otages à condition d'échapper à la justice. M. Uribe a réitéré son offre de récompense monétaire et d'aménagement de peine pour ceux qui libéreraient des otages.
Toutefois, pour le chef de l'Etat, ces contacts avec la guérilla ne sauraient en aucun cas justifier un arrêt des opérations militaires. L'armée a ordre de procéder à un repérage et à un "encerclement humanitaire" des camps des FARC où se trouvent les otages pour contraindre les guérilleros à la désertion ou à la négociation. Les familles des otages craignent que cette politique ne mette en danger la vie des captifs. C'est également l'avis de Carlos Lozano, directeur de l'hebdomadaire communiste Voz, qui a été souvent un intermédiaire pour des contacts avec les FARC. "Le gouvernement tente de fragmenter la guérilla, ce qui ne peut que compliquer à terme une négociation politique", juge-t-il.
Mardi, M. Lozano et l'ancien ministre Alvaro Leyva ont annoncé avoir établi un contact direct avec Alfonso Cano, le nouveau chef des FARC. Depuis la mort de Raul Reyes, numéro deux de la guérilla, tué par l'armée le 1er mars, et le décès du dirigeant historique, Manuel Marulanda, annoncé le 24 mai, tous les contacts avec les FARC avaient été perdus.
Le gouvernement colombien ne croit pas que l'arrivée d'Alfonso Cano à la tête des FARC se traduira par un virage sur le dossier des otages. "Depuis trente ans dans le maquis, Alfonso Cano est un terroriste comme les autres, un "dur", plus dogmatique que beaucoup de ses camarades, note un haut fonctionnaire du ministère de la défense. Il ne va pas fléchir au moment où il doit imposer son autorité à une guérilla en pleine débandade."
M. Lozano, qui a connu Alfonso Cano alors qu'il était étudiant en anthropologie et dirigeant des Jeunesses communistes, dans les années 1970, en convient. "C'est un "dur", tous les chefs guérilleros le sont, dit-il. Mais c'est un intellectuel qui a une vraie formation politique." M. Lozano doute que des otages soient "très prochainement libérés", comme l'affirme Luis Eladio Perez, qui a retrouvé la liberté au mois de mars, après sept ans de captivité aux mains des FARC.
Dimanche, le président vénézuélien, Hugo Chavez, a pris ses distances avec la lutte armée et a demandé aux FARC de libérer immédiatement et sans contrepartie tous les otages. Cette volte-face de M. Chavez annonce-t-elle un revirement des FARC ? "Je crois plutôt que (Hugo) Chavez veut lancer le débat au sein des FARC, non pas pour les diviser mais pour les faire avancer dans le bon sens", estime M. Lozano. Il rappelle que Manuel Marulanda avait lui-même accepté de libérer unilatéralement six otages au premier trimestre de 2008.
Pour Esteban, un déserteur des FARC, la situation sur le terrain militaire, plus que les considérations politiques, pourrait pousser la guérilla à libérer certains otages. "Pour résister à l'offensive de l'armée, la guérilla doit redevenir très mobile, explique-t-il. Or les otages sont un boulet, qui oblige à mobiliser des dizaines de combattants pour assurer leur entretien et leur sécurité." A son avis, les otages civils ne seront pas forcément les premiers libérés. "En libérant des militaires, la guérilla ferait savoir qu'elle n'est pas si affaiblie que le dit l'armée, avance-t-il. Et l'opinion colombienne est plus sensible au drame des soldats détenus dans la jungle depuis dix ans qu'à celui des politiciens comme Ingrid Betancourt."
Les courriels trouvés dans les ordinateurs de Raul Reyes le contredisent. Dans un message du 12 février, Manuel Marulanda évoquait la libération de tous les civils pour négocier ensuite un échange des otages militaires contre les guérilleros emprisonnés.
